Her Story: journal d’un enquêteur mystérieux.

Attention, ceci est un journal de jeu, il contient donc des spoilers sur l’histoire!


Vérité dispatchée

Bienvenue dans les archives de la police d’une petite bourgade sobrement appelée South East.

Face à moi, un écran d’ordinateur à la carrosserie cathodique bombée, qui sent bon les années 90 (les meilleures), et sur lequel se reflète les barres de lumière froide des néons fixés au plafond.

Voilà, c’est tout. A moi de me débrouiller, maintenant, avec mon cerveau et ma souris.

Ce manque d’information sur ma mission me force à faire quelque chose que je ne fais pour ainsi dire jamais dans la vraie vie : lire le fichier texte “READ ME”, et son camarade qui se tient juste à côté sur le bureau de cet ordinateur d’un autre âge : “REALLY READ ME !” .

Dans le premier, très pragmatique, on m’apprend que j’ai en face de moi un outil informatique puissant, sorte d’archive pour les homicides et crimes commis à Porsmouth. Grâce à lui, une simple recherche par mot clé va me donner accès au discours vidéo des témoins interrogés dans une affaire particulière. Si le témoin prononce donc, par exemple, le mot « beer » (oui, le jeu est en anglais), et que je tape le mot « beer » dans la barre de recherche (il faut creuser toutes les pistes), je serai alors en mesure de retrouver la partie de son discours correspondant. Si le mot n’existe pas dans les archives, il n’y aura tout simplement pas de résultats.

Cool.

Malheureusement, le second fichier texte “REALLY READ ME”, plus personnel que le premier et signé d’un mystérieux S.B, m’apprend que ces archives, à cause du bug de l’an 2000 et d’une inondation, ont été pas mal endommagées.

Il va donc falloir trouver de très bons mots clés pour comprendre la situation, et surtout… Ce que je dois faire.

Car en commençant Her Story, il faut bien avouer que le joueur, un peu perdu, est assailli d’une tonne de question :

Qui est la jeune femme aux cheveux long dont je vais apparemment visionner les témoignages ? Que lui est-il arrivé ? Qui lui a apporté du café ?

Les quatre premières vidéos proposées sont taguées avec le terme « murder »…

L’ambiance est posée.


Psychologie.

Difficile de vous donner des précisions sur le déroulé du jeu. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’après quelques minutes de mots proposés à tâtons, mon instinct de flic me dit que la charmante Hannah, dont le mari a effectivement disparu avant d’être retrouvé mort, égorgé, n’a pas l’air spécialement éprouvée par le choc. Bon, je sais qu’après dix ans de mariage, le couple c’est plus ce que c’était ; mais quand même, ton Simon chéri est mort assassiné, ma belle, tu pourrais au moins faire semblant d’être triste, plutôt que de pousser la chansonnette, guitare à la main.

A force de continuer à creuser, d’entrer des mots plus ou moins logiques dans la barre de recherche et de prendre des notes sur un petit carnet (old school) ou directement dans une section dédiée sur chaque vidéo, on finit par reconstituer au mieux l’étrange histoire de Hannah, et on se dit qu’effectivement, il y a anguille sous rocher.

J’imagine qu’en fonction des mots utilisés, le second récit de chacun est très différent, rendant l’expérience de jeu assez unique en son genre. Cela dit, chaque joueur arrive invariablement à cette première révélation, (certains diront pistes) qui oriente l’enquête vers l’existence d’une sœur jumelle cachée, prénommée EVE, enlevée à la naissance par la diabolique voisine d’en face. Cachée du monde, Eve s’enfuit lorsque sa mère passe l’arme à gauche pour se retrouver nez à nez avec son miroir phénotypique de la maison d’en face. Les deux petiotes décident alors de fusionner, de partager leur vie, l’une restant planquée dans le grenier de chez Hannah pendant que l’autre affronte le monde réel.

Pourquoi pas, après tout…

Mais ce qui m’interpelle encore plus, c’est ce visage de jeune femme qui soudain se reflète sur l’écran !

Je m’étais rapidement posé la question, en début de jeu, du rôle dans lequel j’étais placé. Grâce à cette image fugace, qui reviendra à plusieurs reprises, j’ai la confirmation d’être en fait dans la peau de quelqu’un, une jeune fille.


Ressouder l’enquête

Cette petite révélation a pour effet d’organiser un peu plus clairement le contexte narratif du jeu. En effet, comme titré en première page, le premier récit est dispatché. Le joueur recolle les morceaux, tente de reconstituer les faits et de comprendre un maximum d’éléments. Il tente de découvrir ce qu’il s’est passé dans le cadre de l’enquête, mais aussi de savoir qui il joue, se doutant que la jeune fille vue dans le reflet est certainement liée à toute cette histoire.

Cela m’amène a me poser de sérieuses questions sur la théorie de la troisième énonciation, dont aucun modèle ne semble vraiment convenir à cette ovni narratif. On y joue en effet un personnage dont on ne sait rien, tout en continuant à jouer comme soi même, ce qui ne colle a aucun modèle, même le mixte (cela qui n’est pas étonnant, cela dit, pour un jeu à la narration aussi originale).

On assiste alors à un certain détachement, ou plutôt, à un dédoublement de l’intrigue, résumée par ces deux questions : qui est la jeune fille et que s’est-il passé au niveau du meurtre ?

Lorsque le mystérieux SB, qui avait signé le ficher texte REALLY READ ME, nous envoie un message, on comprend bien que la jeune fille devant son ordinateur est elle aussi à la recherche de vérité et de réponses.

Les éléments donnés par les différents témoignages, notamment ceux datés du 3 juillet, semblent fournir le plus de révélations. En ce qui me concerne, après trois bonnes heures de fouilles dans ces archives corrompues, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il y avait bien deux sœurs jumelles, Hannah et Eve, et qu’après un sacré concours de circonstance, le mari de Hannah a fini par mettre en cloque la mauvaise copie. Apprenant la nouvelle (tout ceci est, vous vous en rendrez bien compte si vous avez terminé le jeu, très résumé) la femme officielle (qui soit dit au passage, était devenue stérile après une malheureuse fausse couche) du monsieur a légèrement craqué sa culotte et, dans un excès de rage, lui a tranché la gorge avec un morceau de miroir cassé qu’il venait de lui offrir en cadeau d’anniversaire.

Tragique…

Goût d’inachevé


Le problème, ou le génie, de Her Story, c’est qu’on de connaîtra jamais, en tant que joueur, le fin mot de l’histoire. Tout ne restera qu’hypothèse et théorie, si bien que l’on quitte le jeu avec un goût d’inachevé et le doute facile. A-t-on raté un élément, un mot qui fait pencher la balance vers telle ou telle théorie?

Finalement, après avoir écumé toutes les vidéos, ou presque, SB, par le biais du chat, nous demande si « l’on a compris pourquoi notre mère a fait ça ? ». A nous de répondre YES or NO. En répondant YES, on apprend alors que le jeune fille se nomme Sarah, prénom qui correspond à celui du bébé perdu de Hannah, et qui a été choisi, peut-être, par Eve pour son propre enfant.

Tordu, mais plus que plausible.

En vérité, Sarah était certainement là pour une toute autre raison que le joueur (d’où mon hésitation à parler d’une énonciation mixte) la jeune fille ayant des motivation toutes autres que celles du joueur, juste désireux de jouer au détective, de faire attention au moindre détail, comme le bleu sur le nez de Hannah et ses préférences en matière de café. Sarah et le joueur ne font pas qu’un, et vivent une histoire complètement différente.

Mais au final, la vraie frustration vient surtout du manque, désiré par l’auteur du jeu Sam Barlow, de clarté autour du devenir de Hannah et de sa sœur Eve. On ne sait même pas, par exemple, si l’une d’entre elle a été arrêtée. Eve dit bien que sa sœur est partie pour toujours… Mais que faut-il comprendre par là ? Qu’elle a fuit ? Qu’elle est morte ? Qu’elle n’existe pas ? (certains soutiennent corps et âme la théorie de la schizophrénie, qui ne m’apparaît pas vraiment plausible).

Et quid de la mort étrange de leur parents, empoisonnés par des champignons vénéneux alors même que leur père était mycophile ? (Placement de mot improbable +10 points pour Serdaigle).

On ne saura, pour ainsi dire, jamais.

Restera néanmoins le souvenir d’un jeu original, tenu par un gameplay simplissime et un jeu d’acteur formidable de la part de Viva Seifert (on parvint même, avec le temps, à discerner les personnalités différentes des deux sœurs, qui témoignent à des périodes différentes).

Bref, une bonne expérience que je conseille à tout le monde!

Merci d’avoir lu.

Benjamin B.

Posts created 18

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related Posts

Begin typing your search term above and press enter to search. Press ESC to cancel.

Back To Top